CO129-214 - Public Offices & Others - 1883 — Page 263

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938 16 Mai JCHAMBAR)

DÉBATS PARLEMENTAIRES

des, ni dans ses moyens. Ce que nous aurions à la tâche de celui qui a le périlleux honneur de craindre, c'est qu'elle favorisât, au Tonkin, l'entrée de bandes capables d'y jeter le trouble. Ce n'est pas là un danger à redouter, c'est un mal à guérir, et c'est dans l'espoir d'y porter remède que nous avons présenté le projet soumis en ce moment à vos délibérations. (Très bien! très bien! et applaudissements à gauche.)

M. le président. La parole est à M. Georges Perin.

M. Georges Perin. Messieurs, les graves paroles que M. le ministre des affaires étrangères vient de faire entendre à cette tribune, et qui ont fait connaître à la Chambre un côté de la question qu'elle ne connaissait qu'imparfaitement, je crois, démontrent combien avaient raison ceux qui, il y a deux ans, alors que la question du Tonkin était portée à cette tribune, demandaient que l'on tînt compte du danger de conflits possibles avec la Chine.

A cette époque le Gouvernement, et je le regrette, n'a pas fourni à la Chambre sur les éventualités qui pouvaient se présenter des renseignements que, selon moi, il aurait dû vous répondre en ce moment.

Le Gouvernement n'ayant pas cru devoir ratifier le traité que M. Bourée signait ad referendum avec la Chine, parce qu'il considérait qu'il y avait danger de le faire et que son acceptation eût presque été une atteinte à l'honneur de la France, je demande la permission de ne pas l'examiner en ce moment dans son ensemble. Le traité n'ayant pas été accepté, nous n'avons pas à nous en occuper en l'appréciation des difficultés pendantes. Je veux donc examiner quelle est la situation de la France vis-à-vis de la Chine et jusqu'à quel point nous devons tenir compte de cette prétention de la Chine à exercer le droit de suzeraineté sur l'Annam.

Année 1883

qu'il ait été amené à conclure un traité que le soin de l'honneur de la France ne permet pas au Gouvernement de la mère-patrie de ratifier.

Année 1883

mergie active, par son audace entreprenante, changer le marché et à porter sur la place de Lyon le marché qui était autrefois à Londres; elle a noué des relations directes avec la Chine, et il se fait aujourd'hui entre la Chine et Lyon des affaires qui ne se chiffrent pas par moins de 400 millions.

M. le ministre a, à cet égard, des renseignements qui nous font défaut. Toutefois, si nous avons avec la Chine des difficultés, les affaires ne devons pas être exposés à une prise d'armes par avoir d'autres conséquences, et les situations qui peuvent naître d'un état qui ne seraient singulièrement entravées, et que nous serions peut-être pas la guerre, mais qui ne verrions pas disparaître une source de bénéfices considérables pour l'une de nos grandes villes manufacturières.

Voilà un côté de la question qu'il ne faut pas négliger et sur lequel j'appelle l'attention de M. le ministre et de la Chambre.

La Chine ne nous déclarera pas la guerre, je le veux bien, et j'ajoute que je le souhaite car, si la Chine est une puissance qui ne redoute pas cette éventualité.

M. Ballue. Je puis vous assurer que Lyon ne peut pas mettre en péril la grandeur de la France et son avenir, - il serait ridicule de le supposer un seul instant, il serait également puéril de croire qu'elle n'est pas redoutable.

M. Georges Perin. Vous avez certaine- ment, monsieur le ministre, des renseignements qui nous font défaut. M. le ministre des affaires étrangères nous a fait, en termes extrêmement nets et avec cette clarté d'exposition qui donne tant de charme à sa parole, un tableau très exact de l'histoire de la Chine dans les siècles passés; il nous a dit que les prétentions de la Chine étaient telles que si l'on en tenait compte chaque fois qu'on se trouve en face d'elle, il faudrait que nous n'irions plus à Pékin, comme nous avons été en 1860; il y a aujourd'hui à l'embouchure de Peï-ho des canons Krupp; il y a des Chinois qui sont instruits par des hommes qui n'appartiennent pas à la race jaune, mais à des nations européennes.

Je ne veux pas en dire davantage. On n'a pas cru devoir alors fournir des explications à la Chambre...

M. Jules Ferry, président du conseil, ministre de l'instruction publique et des beaux-arts. Je ne sais pas à quoi vous faites allusion: je ne puis pas vous laisser dire cela!

M. Georges Perin. Je fais allusion, monsieur le président du conseil, aux dépêches que vous avez bien voulu communiquer alors à la commission et dont vous avez autorisé certains membres à prendre connaissance, dépêches par lesquelles M. Bourée avertissait le Gouvernement que la Chine engageait Tu-Duc à faire de nouveau acte de vassalité, que Tu-Duc répondait à cette invitation et qu'il y avait là l'indice de la politique de résistance que vous avez vue se dérouler depuis cette époque.

J'avais cherché à éveiller l'attention de la Chambre et du Gouvernement sur ce point il y a deux ans, et je regrette qu'à cette époque vous n'ayez pas voulu, ni vous, ni la commission, fournir de plus amples renseignements sur ce côté de la question, paraissant croire - et la Chambre malheureusement s'est trouvée d'accord avec vous - que les craintes de difficultés avec la Chine n'étaient pas sérieuses et qu'elles devaient être absolument écartées.

Cela dit, messieurs, la Chambre comprendra qu'il m'est difficile de répondre immédiatement, et comme il mériterait qu'on le fît, au discours de M. le ministre des affaires étrangères.

Puisque je viens seulement d'avoir connaissance des termes exacts, précis, d'un traité dont les journaux avaient parlé, mais que, jusque-là, je ne connaissais pas officiellement.

M. le ministre des affaires étrangères. Je vous l'ai fait connaître le plus tôt possible.

M. Georges Perin. Permettez-moi, monsieur le ministre, de vous dire, en ouvrant une parenthèse, que je regrette que vous n'ayez pas, comme votre prédécesseur voulait le faire, publié un Livre jaune, contenant les documents relatifs à nos rapports avec la Chine au sujet du Tonkin.

M. le ministre des affaires étrangères. Cette publication eût été prématurée; elle le serait peut-être encore.

M. Georges Perin. Monsieur le ministre, votre prédécesseur avait l'intention cependant, il me l'a déclaré, de faire, avant tout débat à la tribune, cette publication qui eût facilité...

...heureusement platonique, il est vrai, d'ailleurs. Oui, la Chine a eu souvent des prétentions excessives. Non-seulement elle a prétendu exercer un droit de suzeraineté sur des nations sur lesquelles peut-être elle n'avait pas ce droit, mais elle n'a jamais admis, ni dans ses protocoles, ni dans ses pièces diplomatiques, que certaines parties de son empire qui lui avaient été enlevées et qui l'étaient bien définitivement, ne lui appartinssent plus.

Ainsi, M. le ministre des affaires étrangères le sait mieux que moi, la Chine n'a pas encore reconnu, après quatre cents ans, la prise de possession de Macao par les Portugais.

...

DEBATS PARLÉMENTAIRES

259

15 Mai

[QUAMERE) $39

pour but l'établissement d'un protectorat réel sur l'Annam, analogue au protectorat que nous exerçons sur le Cambodge, et qui par là même indique que jamais, en aucune circonstance, nous ne prendrions possession du pays.

...

M. Georges Per. Messieurs, je crois avoir fait saisir à la Chambre les inconvénients qui pourraient résulter de l'expédition que vous projetez et de notre établissement au Tonkin, par suite des relations difficiles qui pourraient en naître avec ce pays.

Si je n'avais eu le devoir de répondre à M. le ministre des affaires étrangères, ce n'est peut-être pas par ce côté que j'aurais abordé la question. Avant d'examiner un des dangers que fait naître la question, j'aurais montré d'abord comment elle était arrivée au point où vous la trouvez en ce moment.

Je crois que la Chambre, qui peut-être a voté, je ne dirai pas légèrement, - ce serait manquer d'égards pour mes collègues, - mais sans demander des explications suffisantes, le crédit qui il y a deux ans engageait la question et qui nous a menés au point où nous sommes aujourd'hui, je crois que la Chambre doit désirer être complètement éclairée et qu'elle voudra demander au Gouvernement les déclarations qui n'ont pas été faites en 1881.

Pour faire venir le Gouvernement à cette tribune, je vais expliquer très-nettement l'état de la question. Je vous demande la permission de le faire en très peu de mots.

Lorsqu'en juillet 1881 le Gouvernement est venu nous demander le crédit de 2,300,000 fr., il n'a pas cru devoir nous dire si ce crédit avait pour but d'exécuter le traité de 1874, purement et simplement, sans que jamais dans l'avenir on pût aller au delà, ou si, au contraire, ce n'était qu'un moyen de sortir momentanément d'une situation qui était devenue très tendue et très difficile et d'atermoyer en attendant les événements futurs.

Lorsque le Gouvernement nous a demandé ces 2 millions 300,000 fr. il nous a dit dans son exposé des motifs: Il s'agit de mesures conservatoires, nous voulons appliquer le traité dans une certaine mesure.

Et lorsque, combattant cette demande de crédits, je disais: Mais vous allez sinon immédiatement, du moins dans un terme peu éloigné, à l'occupation définitive, c'est une expédition militaire au Tonkin.

M. le rapporteur protestait, lui qui dans son rapport avait déjà dit « qu'une expédition dans le Tonkin ne pourrait en effet que compromettre le succès de la politique que nous désirons faire prévaloir, et qui a...

...

DEBATS PARLÉMENTAIRES

et un peu plus loin, le rapport dit encore qu'il faut nous établir solidement au Tonkin. Je sais bien que l'honorable rapporteur ne veut pas prononcer le mot expédition; je sais que M. le ministre des affaires étrangères - et ceci avait fait naître un doute sérieux dans mon esprit - disait au Sénat, répondant à M. de Saint-Vallier:

Il n'est pas permis non plus de songer à une conquête du Tonkin, qui ne présenterait certes pas de grandes difficultés, mais serait absolument stérile.

Je suis de votre avis, ce serait une conquête stérile; c'est pourquoi je ne voudrais pas qu'on la fît; mais je crois que vous vous trompez en pensant que ce n'est pas la conquête que nous allons faire, et je pense que depuis le jour où vous parliez ainsi, votre opinion a dû se modifier.

En effet, je prie la Chambre de vouloir bien examiner de près la question, considérer ce qu'on nous demande de faire, ce qui, peut-être, est déjà fait en partie...

...

Dans ces questions néanmoins il doit avoir, de la part de tous les membres de la Chambre, une vigilance extrême, et je crois qu'il est du devoir de ceux qui pensent connaître une affaire pour l'avoir étudiée depuis longtemps, et avec le désir sincère, soyez-en sûr, monsieur le ministre, de l'envisager sous son jour vrai, il est, dis-je, de leur devoir de venir dire à leurs collègues ce qu'ils pensent et pourquoi, malgré eux, leur corps défendant, ils ont le regret, sur une question comme celle-là, de venir combattre le Gouvernement.

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938 16 Mai JCHAMBAR) DÉBATS PARLEMENTAIRES des, ni dans ses moyens. Ce que nous aurions à la tâche de celui qui a le périlleux honneur de craindre, c'est qu'elle favorisât, au Tonkin, l'entrée de bandes capables d'y jeter le trouble. Ce n'est pas un danger à redouter, c'est un mal à guérir, et c'est dans l'espoir d'y porter remède que nous avons présenté le projet soumis en ce moment à vos délibérations. (Très bien! très bien! et applaudissements à gauche.) M. le président. La parole est à M. Georges Perin. M. Georges Perin. Messieurs, les graves paroles que M. le ministre des affaires étrangères vient de faire entendre à cette tribune, et qui ont fait connaître à la Chambre un côté de la question qu'elle ne connaissait qu'imparfaitement, je crois, démontrent combien avaient raison ceux qui, il y a deux ans, alors que la question du Tonkin était portée à cette tribune, demandaient que l'on tînt compte du danger de conflits possibles avec la Chine. A cette époque le Gouvernement, et je le regrette, n'a pas fourni à la Chambre sur les éventualités qui pouvaient se présenter des renseignements que, selon moi, il aurait vous répondre en ce moment. Le Gouvernement n'ayant pas cru devoir ratifier le traité que M. Bourée signait ad referendum avec la Chine, parce qu'il considérait qu'il y avait danger de le faire et que son acceptation eût presque été une atteinte à l'honneur de la France, je demande la permission de ne pas l'examiner en ce moment dans son ensemble. Le traité n'ayant pas été accepté, nous n'avons pas à nous en occuper en l'appréciation des difficultés pendantes. Je veux donc examiner quelle est la situation de la France vis-à-vis de la Chine et jusqu'à quel point nous devons tenir compte de cette prétention de la Chine à exercer le droit de suzeraineté sur l'Annam. Année 1883 qu'il ait été amené à conclure un traité que le soin de l'honneur de la France ne permet pas au Gouvernement de la mère-patrie de ratifier. Année 1883 mergie active, par son audace entreprenante, changer le marché et à porter sur la place de Lyon le marché qui était autrefois à Londres; elle a noué des relations directes avec la Chine, et il se fait aujourd'hui entre la Chine et Lyon des affaires qui ne se chiffrent pas par moins de 400 millions. M. le ministre a, à cet égard, des renseignements qui nous font défaut. Toutefois, si nous avons avec la Chine des difficultés, les affaires ne devons pas être exposés à une prise d'armes par avoir d'autres conséquences, et les situations qui peuvent naître d'un état qui ne seraient singulièrement entravées, et que nous serions peut-être pas la guerre, mais qui ne verrions pas disparaître une source de bénéfices considérables pour l'une de nos grandes villes manufacturières. Voilà un côté de la question qu'il ne faut pas négliger et sur lequel j'appelle l'attention de M. le ministre et de la Chambre. La Chine ne nous déclarera pas la guerre, je le veux bien, et j'ajoute que je le souhaite car, si la Chine est une puissance qui ne redoute pas cette éventualité. M. Ballue. Je puis vous assurer que Lyon ne peut pas mettre en péril la grandeur de la France et son avenir, - il serait ridicule de le supposer un seul instant, il serait également puéril de croire qu'elle n'est pas redoutable. M. Georges Perin. Vous avez certaine- ment, monsieur le ministre, des renseignements qui nous font défaut. M. le ministre des affaires étrangères nous a fait, en termes extrêmement nets et avec cette clarté d'exposition qui donne tant de charme à sa parole, un tableau très exact de l'histoire de la Chine dans les siècles passés; il nous a dit que les prétentions de la Chine étaient telles que si l'on en tenait compte chaque fois qu'on se trouve en face d'elle, il faudrait que nous n'irions plus à Pékin, comme nous avons été en 1860; il y a aujourd'hui à l'embouchure de Peï-ho des canons Krupp; il y a des Chinois qui sont instruits par des hommes qui n'appartiennent pas à la race jaune, mais à des nations européennes. Je ne veux pas en dire davantage. On n'a pas cru devoir alors fournir des explications à la Chambre... M. Jules Ferry, président du conseil, ministre de l'instruction publique et des beaux-arts. Je ne sais pas à quoi vous faites allusion: je ne puis pas vous laisser dire cela! M. Georges Perin. Je fais allusion, monsieur le président du conseil, aux dépêches que vous avez bien voulu communiquer alors à la commission et dont vous avez autorisé certains membres à prendre connaissance, dépêches par lesquelles M. Bourée avertissait le Gouvernement que la Chine engageait Tu-Duc à faire de nouveau acte de vassalité, que Tu-Duc répondait à cette invitation et qu'il y avait l'indice de la politique de résistance que vous avez vue se dérouler depuis cette époque. J'avais cherché à éveiller l'attention de la Chambre et du Gouvernement sur ce point il y a deux ans, et je regrette qu'à cette époque vous n'ayez pas voulu, ni vous, ni la commission, fournir de plus amples renseignements sur ce côté de la question, paraissant croire - et la Chambre malheureusement s'est trouvée d'accord avec vous - que les craintes de difficultés avec la Chine n'étaient pas sérieuses et qu'elles devaient être absolument écartées. Cela dit, messieurs, la Chambre comprendra qu'il m'est difficile de répondre immédiatement, et comme il mériterait qu'on le fît, au discours de M. le ministre des affaires étrangères. Puisque je viens seulement d'avoir connaissance des termes exacts, précis, d'un traité dont les journaux avaient parlé, mais que, jusque-là, je ne connaissais pas officiellement. M. le ministre des affaires étrangères. Je vous l'ai fait connaître le plus tôt possible. M. Georges Perin. Permettez-moi, monsieur le ministre, de vous dire, en ouvrant une parenthèse, que je regrette que vous n'ayez pas, comme votre prédécesseur voulait le faire, publié un Livre jaune, contenant les documents relatifs à nos rapports avec la Chine au sujet du Tonkin. M. le ministre des affaires étrangères. Cette publication eût été prématurée; elle le serait peut-être encore. M. Georges Perin. Monsieur le ministre, votre prédécesseur avait l'intention cependant, il me l'a déclaré, de faire, avant tout débat à la tribune, cette publication qui eût facilité... ...heureusement platonique, il est vrai, d'ailleurs. Oui, la Chine a eu souvent des prétentions excessives. Non-seulement elle a prétendu exercer un droit de suzeraineté sur des nations sur lesquelles peut-être elle n'avait pas ce droit, mais elle n'a jamais admis, ni dans ses protocoles, ni dans ses pièces diplomatiques, que certaines parties de son empire qui lui avaient été enlevées et qui l'étaient bien définitivement, ne lui appartinssent plus. Ainsi, M. le ministre des affaires étrangères le sait mieux que moi, la Chine n'a pas encore reconnu, après quatre cents ans, la prise de possession de Macao par les Portugais. ... DEBATS PARLÉMENTAIRES 259 15 Mai [QUAMERE) $39 pour but l'établissement d'un protectorat réel sur l'Annam, analogue au protectorat que nous exerçons sur le Cambodge, et qui par même indique que jamais, en aucune circonstance, nous ne prendrions possession du pays. ... M. Georges Per. Messieurs, je crois avoir fait saisir à la Chambre les inconvénients qui pourraient résulter de l'expédition que vous projetez et de notre établissement au Tonkin, par suite des relations difficiles qui pourraient en naître avec ce pays. Si je n'avais eu le devoir de répondre à M. le ministre des affaires étrangères, ce n'est peut-être pas par ce côté que j'aurais abordé la question. Avant d'examiner un des dangers que fait naître la question, j'aurais montré d'abord comment elle était arrivée au point vous la trouvez en ce moment. Je crois que la Chambre, qui peut-être a voté, je ne dirai pas légèrement, - ce serait manquer d'égards pour mes collègues, - mais sans demander des explications suffisantes, le crédit qui il y a deux ans engageait la question et qui nous a menés au point nous sommes aujourd'hui, je crois que la Chambre doit désirer être complètement éclairée et qu'elle voudra demander au Gouvernement les déclarations qui n'ont pas été faites en 1881. Pour faire venir le Gouvernement à cette tribune, je vais expliquer très-nettement l'état de la question. Je vous demande la permission de le faire en très peu de mots. Lorsqu'en juillet 1881 le Gouvernement est venu nous demander le crédit de 2,300,000 fr., il n'a pas cru devoir nous dire si ce crédit avait pour but d'exécuter le traité de 1874, purement et simplement, sans que jamais dans l'avenir on pût aller au delà, ou si, au contraire, ce n'était qu'un moyen de sortir momentanément d'une situation qui était devenue très tendue et très difficile et d'atermoyer en attendant les événements futurs. Lorsque le Gouvernement nous a demandé ces 2 millions 300,000 fr. il nous a dit dans son exposé des motifs: Il s'agit de mesures conservatoires, nous voulons appliquer le traité dans une certaine mesure. Et lorsque, combattant cette demande de crédits, je disais: Mais vous allez sinon immédiatement, du moins dans un terme peu éloigné, à l'occupation définitive, c'est une expédition militaire au Tonkin. M. le rapporteur protestait, lui qui dans son rapport avait déjà dit « qu'une expédition dans le Tonkin ne pourrait en effet que compromettre le succès de la politique que nous désirons faire prévaloir, et qui a... ... DEBATS PARLÉMENTAIRES et un peu plus loin, le rapport dit encore qu'il faut nous établir solidement au Tonkin. Je sais bien que l'honorable rapporteur ne veut pas prononcer le mot expédition; je sais que M. le ministre des affaires étrangères - et ceci avait fait naître un doute sérieux dans mon esprit - disait au Sénat, répondant à M. de Saint-Vallier: Il n'est pas permis non plus de songer à une conquête du Tonkin, qui ne présenterait certes pas de grandes difficultés, mais serait absolument stérile. Je suis de votre avis, ce serait une conquête stérile; c'est pourquoi je ne voudrais pas qu'on la fît; mais je crois que vous vous trompez en pensant que ce n'est pas la conquête que nous allons faire, et je pense que depuis le jour vous parliez ainsi, votre opinion a se modifier. En effet, je prie la Chambre de vouloir bien examiner de près la question, considérer ce qu'on nous demande de faire, ce qui, peut-être, est déjà fait en partie... ... Dans ces questions néanmoins il doit avoir, de la part de tous les membres de la Chambre, une vigilance extrême, et je crois qu'il est du devoir de ceux qui pensent connaître une affaire pour l'avoir étudiée depuis longtemps, et avec le désir sincère, soyez-en sûr, monsieur le ministre, de l'envisager sous son jour vrai, il est, dis-je, de leur devoir de venir dire à leurs collègues ce qu'ils pensent et pourquoi, malgré eux, leur corps défendant, ils ont le regret, sur une question comme celle-là, de venir combattre le Gouvernement.
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938 16 Mai JCHAMBAR) DÉBATS PARLEMENTAIRES des, ni dans ses moyens. Ce que nous aurions à la tache de celui qui a le périlleux honneur de craindre, c'est qu'elle favorisit, au Tonkin, P'entrée de bandes capables d'y jeter le trou- ble. Ce n'est pas un danger à redouter, c'est un mal à guérir, et c'est dans l'espoir d'y por ter remède que nous avons avons présenté le projet soumis en ce moment à vos délibéra- tions. (Très bien! très bien! et applaudisse- ments à gauche.) M. le président, La parole est à M. Geor- ges Perin. M. Georges Perin. Messieurs, les graves paroles que M. le ministre des affaires éiran- gères vient de faire entendre à cette tribune, et qui ont fait connaître à la Chambre un côté de la question qu'elle ne connaissait qu'im- parfaitement, je crois, démontrent comblen avaient raison ceux qui, il y a deux ans, alors que la question du Tonkin était portée à cette tribune, demandaient que l'on tint compte du danger de conflits possibles avec la Chine. A cette époque le Gouvernement et je le regretten'a pas fourni à la Chambre sur les éventualités qui pouvaient se présenter des renseignements que, selon mol, il aurait vous répondre en ce moment. ratifier le traité que M. Bourée signait ad refe Le Gouvernement n'ayant pas cru devoir rendum avec la Chine, parce qu'il considérait qu'il y avait danger de le faire et que son acceptation eût presque été une atteinte à Phonneur de la France, je demande la permis- sion de ne pas l'examiner en ce moment dans son ensemble. La traité n'ayant pas été ac- aepté, nous n'avons pas à nous en occuper en l'appréciation des difficultés pendantes. Je ce moment, si ce n'est pour nous guider dans veux donc examiner quelle est la situation de la France vis-à-vis de la Chine et jusqu'à quel point nous devons tenir compte de cette prétention de la Chine à exercer le droit de suzeraineté sur l'Aunam. Année 1883 qu'il ait été amené à conclure un traité qua soin de l'honneur de la France ne perme pas au Gouvernement de la mère-pairie de tifier. Année 1883 mergie active, par son audace entreprenante, hanger le marché et à porter sur la place ramène de Lyon le marché qui était autrefois à Londres; elle a noué des relations directes M. le ministre a, à cet égard, des ranseigne avec la Chine, et il se fait aujourd'hui entre ments qui nous font défaut. Toutefois, si nous a Chine et Lyon des affaires qui ne se chiffrent mes, le mauvais vonioir de la Chine peons avec la Chine des difficultés, les affaires ne devons pas être exposés à une prise d'ar pes par moins de 400 millions. Je crois, messieurs, que le jour nous an- avoir d'autres conséquences, et les situa tions qui peuvent naître d'un état qui ne seraient singulièrement entravées, et que nous serais peut-être pas la guerre, mais qui ne verrions la disparaire une source de béné la Chine peuvent nous créer, au point de vue villes manufacturières. serait pas non plus la paix, entre la France estes considérables pour l'ane de nos grandes commercial, les difficultés les plus grandes, et nous causer des dommages sérieux." Voilà un côté de la question qu'il ne faut pas négliger et sur lequel j'appelle l'attention de M. le ministre et de la Chambre. La Chine ne nous déclarera pas la guerre, je le veux hien, et j'ajoute que je le souhaite M. Ballue. Je puis vous assurer que Lyon car, si la Chine est une puissance qui ne redoute pas cette éventualité. M. le ministre des affaires étrangères nous a peut pas mettre en péril la grandeur de fait, en termes extrêmement nets et avec cette France et son avenir, -il serait ridícule de M. Georges Perin. Vous avez certaine- clarté d'exposition qui donne tant de charme le supposer un seul instant, il serait également qualité pour parler au nom de Lyon. à sa parole, un tableau très exact de l'histoirement puéril de croire qu'elle n'est pas redoutas Cependant, je ne crois pas que vous puissiez de la Chine dans les siècles passés; il nous a ble. La Chine n'est plus aujourd'hui ce qu'elle négliger ce que je viens de dira, et je vous dit que les prétentions de la Chine étaient était il y a trente ans. M. Paul Bert nous pose une question: aujourd'hui Lyon traite telles que si l'on en tenait compte chaque fois sait que les Chinois sont toujours des Chi directement avec la Chine; le marché des soies, qui était autrefois à Londres, a passé à Lyon; fournir. Il avait cependant déjà reça de qu'on se trouve en face d'elle, il faudrait que Į nois; oui, mais la Chine est mieux armée mais si la France et la Chine avaient des dif- non-seulement l'extrême Orient, mais même nous n'irions plus à Pékin, comme noas M. Bourée, dont on vient de parter longue- Occident disparassent devant de prétendant avons été en 1860; il y a aujourd'hui à l'em ficultés graves, si les relations diplomatiques ment, des communications qui lui indiquaient, | insatiable et menaçant, mais prétendant, heu-bouchure de Peï-ho des canons Krapp; il y a étaient interrompues, croyez-vous de bonne pour servir ces canons des Chinois qui som foi, sincèrement, que la Chine ne ferait pas des instruits par des hommes qui n'appartiennent efforte promptement couronnés de succès, pas à la race jaune, mais à des nations euro pour rendre impossibles les affaires en Chine à péennes. Je ne veux pas en dire davantage. nos nationaux? d'une façon indéniable, que la Chine n'accep- terait pas sans protestation one intervention à main armée de la France au Tonkin. On n'a pas cru devoir alors fournir des explications A la Chambre... M. Jules Ferry, président du conseil, mi- nistre de l'instruction publique et des beaux- arts. Je ne sais pas à quoi vous faites allusion: je ne puis pas vous laisser dire cela ! M. Georges Perin. Je fais allusion, mon. sieur le président du conseil, aux dépêches que vous avez bien voulu communiquer alors à la commission et dont vous avez autorisé certains membres à prendre connaissance, dépêches par lesquelles M. Bourée avertis- sait le Gouvernement que la Chine engageait Tu-Duc à faire de nouveau acte de vassalité, que Ta-Due répondait à cette invitation et qu'il y avait l'indice de la politique de ré- Ristance que vous avez vue se dérouler depuis colle époque. J'avais cherché à éveiller l'attention de la Chambre et du Gouvernement sur ce point il y a deux ans, et je regrette qu'à cette époque vous n'ayez pas voulu, ni vous, ni la commis. sion, fournir de plus amples renseignements sur ce côté de la question, paraissant croire - et la Chambre malheureusement s'est trou- vée d'accord avec vous que les craintes de difficultés avec la Chine n'étaient pas sérieuses et qu'elles devaient être absolument écartées. Cela dit, messieurs, la Chambre com- prendra qu'il m'est difficile de répondre im- médiatement, et comme il mériterait, qu'on le fit, au discours de M. le ministre des affaires étrangères. Puisque je viens seulement d'avoir connais- sance des termes exacts, précis, d'un traité dont les journaux avaient parlé, mais que, jusque là, je no connaissais pas officiellement. M. le ministre des affaires étrangères. Je vous l'ai fait connaitre le plus tôt pos. gible. M. Georges Perin. Permettez-moi, mon- sieur le ministre, de vous dire, en ouvrant une parenthèso, que je regreste que vous n'ayez pas, comme votre prédécesseur voulait le faire, publié un Livre jaune, contenant les documents relatifs à nos rapports avec la Chine an anjet du Tonkin. M. le ministre des affaires étrangères. Cette publication eût été prématurée; elle le le serait peut-être encore. M. Georges Perin. Monsieur le ministre, votre prédécesseur avait l'intention capendant, il me l'a déclaré, de faire, avaut tout débat à la tribune, cette publication qui eût facilité | reusement platonique, il est vrai, 4-1-il ajouté, Dui, la Chine a eu souvent des prétentions excessives. Non-seulement elle a prétendu exercer un droit de suzeraineté sur des na- ce droit, mais elle n'a jamais admis, ni dans tions sur lesquelles peut-être elle n'avait pas ques, que certaines parties de son empire qui ses protocoles, ni dans ses pièces diplomati- Ini avaient été enlevées et qui l'étaient bien définitivement, ne Ini appartinssent plus. Ainsi, M. le ministre des affaires étrangères le eait mieux que moi, la Chine n'a pas encore recount, après quatre cents ans, la prise de possession de Makao par les Portugais. - Tout en trouvant ses prétentions excessives et impossibles à admettre, n'y a-t-il pas une raison- c'est une question que je pose à M. le ministre des affaires étrangères ces prétentions pouvant nous placer, à un moment donné, en face de difficultés que, quant à moi, j'aurais voulu éviter, n'y a-ti pas une raison, je l'ai toujours cru et je n'ai pas changé d'avis de ne pas nous in- staller au Tonkin d'une manière définitive. Nous avons à nous occuper de la situation que la prétention peat nous créer : qu'en di- verses circonstances, antérieurement à cette date de 1880 à laquelle je faisais allusion 100t à l'heure, is Chine a élevé un droit de suze- raineté sur le Tonkin. Vous savez qu'au mé- pris de ce traité de 1874 qui nous occupe en ce moment et qui est la source des difficultés actuelles, en 1877 et en 1878 la Chine en- voyait des troupes an Tonkin pour y rétablir Fordre, ce que seals nous avions le droit de faire. Cela nous créait une situation humi- liée, non seulement vis-à-vis de la Chine, mais vis-à-vis des nations européennes. Les prétentions de la Chine se sont manifestées dans d'autres circonstances, elles amèneront encore probablement de ces manifestations que M. le ministre des affaires étrangères a appelées pla- toniques, mais qui n'en sont pas moins re- grettables. J'estime que M. le ministre a eu raison de croire que nous ne serons pas amenés à décia- rer la guerre au Céleste Empire, je l'espère commé lui. M. La Vieille. Il y a des officiers français en Chine qui, avec l'autorisation du Gouverne soldats. ment, instruisent des Chinois et en font des M. Georges Ferin. Ce n'est pas à eux que je fais allusion. M. La Vieille. J'en connais plusieurs qui sont de mes amis, M. Georges Perin. Vous savez très bien, mon cher collègue, que je ne parie pas en ce moment des officiers de la marine au service de la Chine. M. La Vieille. Il y a M. Gicquel, je le con- nais. M. Georges Peria. Je connais aussi M Gicquel de réputation, mon cher collègue. M. La Vieille prononce encore quelques mots qui se perdent dans le brait. M. le président. Monsieur La Vieille, ne faites pas de dialogue avec l'orateur. M. Georges Perin. Ce n'est pas à M. Gic- quel, at-je besoin de le dire, que je faisais al- lusion quand je parials des officiers exro- péens.... M. La Vieille. Je demande la parole! drais pas que son nom eût été introduit dans M. Georges Perin.... et je ne compren- la discussion, si M. La Vieille n'avait voulu mêmes de l'armée française - autorisés par dire qu'à une certaine époque, des officiers) l'éducation militaire de l'armée chinoise; ca le Gouvernement avaient pu contribueri qui viendrait à l'appui de ma thèse. M. La Vieille. C'est ce que j'ai voulu dira. M. Georges Perin. Je reprends. Je disais tout à l'heure, messieurs, que, quoi qu'en dise M. le ministre des affaires étrangères, je crai gnais que, par suite de notre établissement définitif dans le Tonkin, devenant voisins im médiats de la Chine, nous ne fussions expo- Mais, messieurs, si je suis heureux desés à des conflits qui se manifesteront par una voir que M. le ministre est persuadé que des mauvaise humeur dont l'effet sera de rendroj dangers de guerre avec la Chine n'existent plus difficiles les relations commerciales pas, je considère cependant que cela seul ne entre la Chine et la France. Quelques doit pas suffire à nous rassurer. Ce n'est anes de nos grandes villes ont un intérét qu'un des côtés de la question. 1 vient considérable à ces bonnes relations; c'est ainsi de nous dire, en parlant de M. Bourée, vous ne l'ignorez pas que la ville de Lyon | que cet agent diplomatique avait pris peur qui autrefois allait sur le marché de Londi beaucoup trop tôt, qu'il avait eru la situation prendre en quantités considérables les solte plus critique qu'elle n'étais, ce qui explique dont elle avait besoin, est arrivée, par 201 M. de la Rochette. C'est certain. M. le prince de Léon. C'est évident! M. Georges Perin. Messieurs, je crois avoir fait saisir à la Chambre les inconvé- nients qui pourraient résulter de l'expédition que vons projetez et de notre établissement a Tonkio, par suite des relations difficiles qui pourraient en naître avec ce pays. Si je n'avais eu le devoir de répondre à M. le ministre des affaires étrangères, ce n'est peut-être pas par ce côté que j'aurais abordé la question. Avant d'examiner un des dangers que fait naître la question, j'aurais montré d'abord comment elle était arrivée au point Eous la trouvons en ce moment. Je crois que la Chambre, qui peut-être a votě, je ne dirai pas légèrement, - ce serait manquer d'égards pour mes collègues, - mais sans de- mander des explications suffisantes, le crédit qui il y a deux ans engageait la question et qui nous a menés au point nous sommes au- jourd'hui, je crois que la Chambre doit désirer être complètement éclairée et qu'elle voudra demander au Gouvernement les déclarations qui n'ont pas été faites en 1881. Pour faire Tenir le Gouvernement à cette tribune, je vais expliquer très-nettement l'état de la question. Je vous demande la permission de le faire en très peu de mots. Lorsqu'en juillet 1881 le Gouvernement est vanu nous demander le crédit de 2,300,000 fr., il n'a pas cru devoir nous dire si ce crédit avalt pour but d'exécuter le traité de 1874, purement et simplement, sans que jamais dans l'avenir on pas aller au delà, ou si, au contraire, ce n'était qu'un moyen de sortir momentanément d'une situation qui était de- venue très tendue et très difficile et d'atermoyer en attendant les événements futurs. Lorsque le Gouvernement nous a demandé ces 2 millions 300,000 fr. il nous a dit dans *on exposé des motifs: Il s'agit de mesures conservatoires, nous voulons appliquer le traité dans une certaine mesure. It lorsque, combattant cette demande de crédits, je ́di- tais: Mais vous allez sinon immédiatement, du moins dans un terme peu éloigné, à l'occupa tion définitive, c'est une expédition militaire au Tonkin. M. le rapporteur protestait, Ini qui dans son rapport avait déjà dit « qu'une expédition dans le Tonkin ne pourrait en effet que compromettre le succès de la politique us désirons faire prévaloir, et qui a { | DEBATS PARLÉMENTAIRES 259 15 Mai [QUAMERE) $39 pour but l'établissement d'un protectorat réel | envizon, en un mos, un déploiement de forces sur l'Aunam, analogue au protectorat que qui, certainement, serait absolument inutile, nous exerçons sur le Cambodge, et qui par si nous n'y allions que pour détruire la pica- terie, et rétablir l'ordre sur les bords du fleuve semb aut bien indiquer que jamais, en au- cane circonstance, nous ne prendrions pos❘ rouge. session du pays. à cette tribune, c'est-à-dire que je po m M. le rapporteur ajoutait à la tribune : « Je crois devoir ajouter que je ne seral pas serais pas chargé du rapport, si j'avais pu sup- poser un instant, ce qui n'est pas admissible, que le Gouvernement dissimalat une expédi tion derrière une demande de crédit supplé ment dont l'objet a été clairement déterminé. » Et M. le ministre de la marine dit après lai: Nous sommes chargés de maintenir l'or- dre dans ce pays... Or, nous n'avons pas les forces suffisantes pour maintenir l'ordre, et ce Bont ces forces que nous vous demandons, Nous ne voulons pas, je le répète, faire de conquêtes, nous vocions avoir une situation honorable, et, en ce moment, elle n'est pas honorable; il se passe presque sons nos yeur des faits dont nous portons, jusqu'à un certain point la responsabilité. Je ne fais pas un reproche au Gouverne- ment d'agir enfin énergiquement, estimant qu'il n'y avait pas lieu de faire ce que je de mandais c'est-à-dire dénoncer le traité de 1874. Je me plais à reconnaitre qu'il est temps de sortir d'une situation intolérable, mais au moins, en faisant appel à la force dites nettement ce que vous voulez faire, dites que vous allez prendre possession du Tonkin, et que vous y resterez. Voilà ce qu'il faut dire, parce que c'est la vérité, la vérité indéniable, que les faits prouvent, alors que certaines paroles essais- raient encore de dissimuler la gravité de la si- tuation. M. le ministre des affaires étran géres. Comment? M. Georges Perin. Monsieur le ministre des affaires étrangères, ne voyez dans ce mot dissimuler aucune intention qui soit de nature à vous blesser. Je crois que, de très présentait devant la Chambre. On voulait, di importance l'entreprise militaire que vous Voilà, messieurs, comment la question se bonne foi, vous considérez comme de mince sait on, n'exécuter qu'en partie, dans la me commencez, et que c'est mu par ce sentiment eure du possible, le traité de 1874. L'ambition que vous voulez rassurer la Chambre. était modeste. Il y a deux ans, la Chambre ne l'a peut- Es lorsque je répondais: Mais c'est impos-être pas oublié, lorsque j'indiquais ces deux sible, l'application de ce traité en tout ou en alternatives, ou bien dénoncer le traité, partie, c'est une expédition, c'est la guerre ce qui n'a pas été accepté ou bien le faire avec l'Annam, la prise de possession du pays »; ratifier, je disais au Gouvernement: Si vous on me disait Noa! Mais aujourd'hui il ma restez au Tonkin, prenez une résolution vì- semble que l'exposé des motifs est explicite et rile, faites le nécessairel Envoyez 3,000 hom- très net à cet égard; il déclare qu'il est temps de nous fixer d'une façon définitive au Ton kin, et il ajoute, rappelant ce qu'on avait e8- sayé de faire avec le crédit demandé il y a peu jusement ce qu'on vous demande aujour de temps: mes, 10 canonnières et demandez un crédit de 10 millions. Tout cela s'est absolument réalisé : c'est d'hui. La Chambre pourrait me demander mainte- nant pourquoi je suis à cette tribune; quel est mon but? S'il s'agissait de venir combattre le Gouvernement, ou si je n'avais d'autre b que de rappeler qu'à une certaine époque j'ai pu prévoir un peu l'avenir, je n'aurais pas demandé la parole. 11 ne s'agissait, toutefois, ni d'une con- quête du Tonkin, ni même d'une entreprise pouvant nous conduire à intervenir dans l'ad- ministration intérieure de ce pays. Da se pro- posait seulement d'envoyer sur le fleuve Rouge les forces navales nécessaires pour chasser los Pavilions noirs qui en occupent les rives, et d'assurer ainsi la liberté du commerce. Ce n'était donc pas, à proprement parler, une Combattre le Gouvernement! Je tiens à fe expédition militaire que nous entreprenions, déclarer nettement ici, j'estime que, dans ces puisque nos troupes ne devaient agir que con questions si graves, si périlleuses, notre tre les pirates. Les événements ont démon-politique extérieure est engagée, j'estime qu'il tré qu'il y avait plus à faire. * ext da devoir, non seulement de l'opposition de gauche, qui n'oublie pas qu'elle a en face d'elle un ministère avec qui elle peut être an- jourd'ui en désaccord, mais qui compte des hommes avec lesquels elle a lutte autrefois, en des temps difficiles, mais de l'oppositior de droite, qu'il est du devoir de la Chambre tout entière d'apporter une grande mesure dans ses critiques, de considérer que, qual quefois, certaines paroles apportées à la tri bune peuvent rendre plus difficile la direc tion à imprimer aux événements, et qu'alors, si par suite des difficultés qu'on lui a suscitées le Gouvernement n'arrivait pas au résulta qu'il veut atteindre, le mal retomberait not pas sur un parti, mais sur la nation entière (Très bien !) En un mot, dans les questions d politique extérieure, il ne peut pas, il ne doi pas y avoir d'opposition dans le sens qu'o donne habituellement à ce mot. (Applaudisse ments.) Et un peu plus loin, le rapport dit encore qu'il faut nous établir solidement au Tonkin. Je sais bien que l'honorable rapporteur ne veut pas prononcer le mot expédition; je sais que M. le ministre des affaires étrangères -el ceci avait fait naître un doute sérieux dans mon esprit - disait au Sénat, répondant à M. de Saint-Vallier : Il n'est pas permis non plus de songer a ane conquête da Tonkin, qui ne présenterait certes pas de grandes dificultés, mais serait absolument sterile. Je suis de votre avis, ce serait une conquite stérile; c'est pourquoi je ne voudrais pas qu'on la fis; mais je crois que vous vous trompez en pensant que ce n'est pas la conquéto que nous allons faire, et je pense que depuis le jour vous parliez ainsi, votre opinion a se modi- fer. En effet, je prie la Chambre de vouloir bien examiner de près la question, considérer ce qu'on nous demande de faire, ce qui, peut- être, est déjà fait en partie... (Marques d'ap- prebation à droite) et je lui demande si ce n'est pas, permettez-moi cette expression, monsieur le ministre, jouer un peu sur les mots que de dire qu'il n'y a pas expédition, qu'il n'y a pas prise de possession du pays, quand on demande d'y envoyer des forces au nombre de 3,000 hommes de troupes françaises, de 1,000 hom- mes de troupes indigènes, et une escadre qui ne compte pas moins de 26 navires, montés par un personnel de 2,400 ou 2,500 hommes Dans ces questions néanmoins il doit avoir, de la part de tous les membres de l Chambre, une vigilance extrême, et je croi qu'il est du devoir de ceux qui pensent con naître une affaire pour l'avoir étudiée depui longtemps, et avec le désir sincère,soyez-e: sûr, monsieur le ministre, de l'envisage sous son jour vrai, il est, dis-je, de leu devoir de venir dire à leurs collègues c qu'ils pensent et pourquoi, malgré enx, leur corps défendant, ils ont le regret, so une question comme celle-là, de venir com
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938 16 Mai JCHAMBAR)

DÉBATS PARLEMENTAIRES

des, ni dans ses moyens. Ce que nous aurions à la tache de celui qui a le périlleux honneur de

craindre, c'est qu'elle favorisit, au Tonkin, P'entrée de bandes capables d'y jeter le trou- ble. Ce n'est pas là un danger à redouter, c'est un mal à guérir, et c'est dans l'espoir d'y por ter remède que nous avons avons présenté le projet soumis en ce moment à vos délibéra- tions. (Très bien! très bien! et applaudisse- ments à gauche.)

M. le président, La parole est à M. Geor- ges Perin.

M. Georges Perin. Messieurs, les graves paroles que M. le ministre des affaires éiran- gères vient de faire entendre à cette tribune, et qui ont fait connaître à la Chambre un côté de la question qu'elle ne connaissait qu'im- parfaitement, je crois, démontrent comblen avaient raison ceux qui, il y a deux ans, alors que la question du Tonkin était portée à cette tribune, demandaient que l'on tint compte du danger de conflits possibles avec la Chine.

A cette époque le Gouvernement et je le regretten'a pas fourni à la Chambre sur les éventualités qui pouvaient se présenter des renseignements que, selon mol, il aurait dù

vous répondre en ce moment.

ratifier le traité que M. Bourée signait ad refe Le Gouvernement n'ayant pas cru devoir rendum avec la Chine, parce qu'il considérait qu'il y avait danger de le faire et que son acceptation eût presque été une atteinte à Phonneur de la France, je demande la permis- sion de ne pas l'examiner en ce moment dans son ensemble. La traité n'ayant pas été ac- aepté, nous n'avons pas à nous en occuper en l'appréciation des difficultés pendantes. Je ce moment, si ce n'est pour nous guider dans veux donc examiner quelle est la situation de la France vis-à-vis de la Chine et jusqu'à quel point nous devons tenir compte de cette prétention de la Chine à exercer le droit de suzeraineté sur l'Aunam.

Année 1883

qu'il ait été amené à conclure un traité qua soin de l'honneur de la France ne perme pas au Gouvernement de la mère-pairie de tifier.

Année 1883

mergie active, par son audace entreprenante, hanger le marché et à porter sur la place ramène de Lyon le marché qui était autrefois à Londres; elle a noué des relations directes M. le ministre a, à cet égard, des ranseigne avec la Chine, et il se fait aujourd'hui entre ments qui nous font défaut. Toutefois, si nous a Chine et Lyon des affaires qui ne se chiffrent mes, le mauvais vonioir de la Chine peons avec la Chine des difficultés, les affaires ne devons pas être exposés à une prise d'ar pes par moins de 400 millions.

Je crois, messieurs, que le jour où nous an- avoir d'autres conséquences, et les situa tions qui peuvent naître d'un état qui ne seraient singulièrement entravées, et que nous serais peut-être pas la guerre, mais qui ne verrions la disparaire une source de béné la Chine peuvent nous créer, au point de vue villes manufacturières. serait pas non plus la paix, entre la France estes considérables pour l'ane de nos grandes commercial, les difficultés les plus grandes, et nous causer des dommages sérieux."

Voilà un côté de la question qu'il ne faut pas négliger et sur lequel j'appelle l'attention de M. le ministre et de la Chambre.

La Chine ne nous déclarera pas la guerre, je le veux hien, et j'ajoute que je le souhaite

M. Ballue. Je puis vous assurer que Lyon car, si la Chine est une

puissance qui ne redoute pas cette éventualité. M. le ministre des affaires étrangères nous a peut pas mettre en péril la grandeur de fait, en termes extrêmement nets et avec cette France et son avenir, -il serait ridícule de

M. Georges Perin. Vous avez certaine- clarté d'exposition qui donne tant de charme le supposer un seul instant, il serait également qualité pour parler au nom de Lyon. à sa parole, un tableau très exact de l'histoirement puéril de croire qu'elle n'est pas redoutas Cependant, je ne crois pas que vous puissiez de la Chine dans les siècles passés; il nous a ble. La Chine n'est plus aujourd'hui ce qu'elle négliger ce que je viens de dira, et je vous dit que les prétentions de la Chine étaient était il y a trente ans. M. Paul Bert nous pose une question: aujourd'hui Lyon traite telles que si l'on en tenait compte chaque fois sait que les Chinois sont toujours des Chi directement avec la Chine; le marché des soies, qui était autrefois à Londres, a passé à Lyon; fournir. Il avait cependant déjà reça de qu'on se trouve en face d'elle, il faudrait que Į nois; oui, mais la Chine est mieux armée mais si la France et la Chine avaient des dif- non-seulement l'extrême Orient, mais même nous n'irions plus à Pékin, comme noas M. Bourée, dont on vient de parter longue- Occident disparassent devant de prétendant avons été en 1860; il y a aujourd'hui à l'em ficultés graves, si les relations diplomatiques ment, des communications qui lui indiquaient, | insatiable et menaçant, mais prétendant, heu-bouchure de Peï-ho des canons Krapp; il y a étaient interrompues, croyez-vous de bonne pour servir ces canons des Chinois qui som foi, sincèrement, que la Chine ne ferait pas des instruits par des hommes qui n'appartiennent efforte promptement couronnés de succès, pas à la race jaune, mais à des nations euro pour rendre impossibles les affaires en Chine à péennes. Je ne veux pas en dire davantage.

nos nationaux?

d'une façon indéniable, que la Chine n'accep- terait pas sans protestation one intervention à main armée de la France au Tonkin. On n'a pas cru devoir alors fournir des explications A la Chambre...

M. Jules Ferry, président du conseil, mi- nistre de l'instruction publique et des beaux- arts. Je ne sais pas à quoi vous faites allusion: je ne puis pas vous laisser dire cela !

M. Georges Perin. Je fais allusion, mon. sieur le président du conseil, aux dépêches que vous avez bien voulu communiquer alors à la commission et dont vous avez autorisé certains membres à prendre connaissance, dépêches par lesquelles M. Bourée avertis- sait le Gouvernement que la Chine engageait Tu-Duc à faire de nouveau acte de vassalité, que Ta-Due répondait à cette invitation et qu'il y avait là l'indice de la politique de ré- Ristance que vous avez vue se dérouler depuis colle époque.

J'avais cherché à éveiller l'attention de la Chambre et du Gouvernement sur ce point il y a deux ans, et je regrette qu'à cette époque vous n'ayez pas voulu, ni vous, ni la commis. sion, fournir de plus amples renseignements sur ce côté de la question, paraissant croire - et la Chambre malheureusement s'est trou- vée d'accord avec vous que les craintes de difficultés avec la Chine n'étaient pas sérieuses et qu'elles devaient être absolument écartées. Cela dit, messieurs, la Chambre com- prendra qu'il m'est difficile de répondre im- médiatement, et comme il mériterait, qu'on le fit, au discours de M. le ministre des affaires étrangères.

Puisque je viens seulement d'avoir connais- sance des termes exacts, précis, d'un traité dont les journaux avaient parlé, mais que, jusque là, je no connaissais pas officiellement. M. le ministre des affaires étrangères. Je vous l'ai fait connaitre le plus tôt pos.

gible.

M. Georges Perin. Permettez-moi, mon- sieur le ministre, de vous dire, en ouvrant une parenthèso, que je regreste que vous n'ayez pas, comme votre prédécesseur voulait le faire, publié un Livre jaune, contenant les documents relatifs à nos rapports avec la Chine an anjet du Tonkin.

M. le ministre des affaires étrangères. Cette publication eût été prématurée; elle le le serait peut-être encore.

M. Georges Perin. Monsieur le ministre, votre prédécesseur avait l'intention capendant, il me l'a déclaré, de faire, avaut tout débat à la tribune, cette publication qui eût facilité

|

reusement platonique, il est vrai, 4-1-il ajouté, Dui, la Chine a eu souvent des prétentions excessives. Non-seulement elle a prétendu

exercer un droit de suzeraineté sur des na- ce droit, mais elle n'a jamais admis, ni dans tions sur lesquelles peut-être elle n'avait pas

ques, que certaines parties de son empire qui ses protocoles, ni dans ses pièces diplomati-

Ini avaient été enlevées et qui l'étaient bien définitivement, ne Ini appartinssent plus. Ainsi, M. le ministre des affaires étrangères le eait mieux que moi, la Chine n'a pas encore recount, après quatre cents ans, la prise de possession de Makao par les Portugais.

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Tout en trouvant ses prétentions excessives et impossibles à admettre, n'y a-t-il pas là une raison- c'est une question que je pose à M. le ministre des affaires étrangères ces prétentions pouvant nous placer, à un moment donné, en face de difficultés que, quant à moi, j'aurais voulu éviter, n'y a-ti pas là une raison, je l'ai toujours cru et je n'ai pas changé d'avis — de ne pas nous in- staller au Tonkin d'une manière définitive.

Nous avons à nous occuper de la situation que la prétention peat nous créer : qu'en di- verses circonstances, antérieurement à cette date de 1880 à laquelle je faisais allusion 100t à l'heure, is Chine a élevé un droit de suze- raineté sur le Tonkin. Vous savez qu'au mé- pris de ce traité de 1874 qui nous occupe en ce moment et qui est la source des difficultés actuelles, en 1877 et en 1878 la Chine en- voyait des troupes an Tonkin pour y rétablir Fordre, ce que seals nous avions le droit de faire. Cela nous créait une situation humi- liée, non seulement vis-à-vis de la Chine, mais vis-à-vis des nations européennes. Les prétentions de la Chine se sont manifestées dans d'autres circonstances, elles amèneront encore probablement de ces manifestations que M. le ministre des affaires étrangères a appelées pla- toniques, mais qui n'en sont pas moins re- grettables.

J'estime que M. le ministre a eu raison de croire que nous ne serons pas amenés à décia- rer la guerre au Céleste Empire, je l'espère commé lui.

M. La Vieille. Il y a des officiers français en Chine qui, avec l'autorisation du Gouverne

soldats. ment, instruisent des Chinois et en font des

M. Georges Ferin. Ce n'est pas à eux que je fais allusion.

M. La Vieille. J'en connais plusieurs qui

sont de mes amis,

M. Georges Perin. Vous savez très bien, mon cher collègue, que je ne parie pas en ce moment des officiers de la marine au service de la Chine.

M. La Vieille. Il y a M. Gicquel, je le con- nais.

M. Georges Peria. Je connais aussi M Gicquel de réputation, mon cher collègue.

M. La Vieille prononce encore quelques mots qui se perdent dans le brait.

M. le président. Monsieur La Vieille, ne faites pas de dialogue avec l'orateur.

M. Georges Perin. Ce n'est pas à M. Gic- quel, at-je besoin de le dire, que je faisais al- lusion quand je parials des officiers exro- péens....

M. La Vieille. Je demande la parole! drais pas que son nom eût été introduit dans M. Georges Perin.... et je ne compren- la discussion, si M. La Vieille n'avait voulu mêmes de l'armée française - autorisés par dire qu'à une certaine époque, des officiers)

l'éducation militaire de l'armée chinoise; ca le Gouvernement avaient pu contribueri

qui viendrait à l'appui de ma thèse.

M. La Vieille. C'est ce que j'ai voulu dira. M. Georges Perin. Je reprends. Je disais tout à l'heure, messieurs, que, quoi qu'en dise M. le ministre des affaires étrangères, je crai gnais que, par suite de notre établissement définitif dans le Tonkin, devenant voisins im médiats de la Chine, nous ne fussions expo- Mais, messieurs, si je suis heureux desés à des conflits qui se manifesteront par una voir que M. le ministre est persuadé que des mauvaise humeur dont l'effet sera de rendroj dangers de guerre avec la Chine n'existent plus difficiles les relations commerciales pas, je considère cependant que cela seul ne entre la Chine et la France. Quelques doit pas suffire à nous rassurer. Ce n'est là anes de nos grandes villes ont un intérét qu'un des côtés de la question. 1 vient considérable à ces bonnes relations; c'est ainsi de nous dire, en parlant de M. Bourée, — vous ne l'ignorez pas — que la ville de Lyon | que cet agent diplomatique avait pris peur qui autrefois allait sur le marché de Londi beaucoup trop tôt, qu'il avait eru la situation prendre en quantités considérables les solte plus critique qu'elle n'étais, ce qui explique dont elle avait besoin, est arrivée, par 201

M. de la Rochette. C'est certain. M. le prince de Léon. C'est évident! M. Georges Perin. Messieurs, je crois avoir fait saisir à la Chambre les inconvé- nients qui pourraient résulter de l'expédition que vons projetez et de notre établissement a Tonkio, par suite des relations difficiles qui pourraient en naître avec ce pays.

Si je n'avais eu le devoir de répondre à M. le ministre des affaires étrangères, ce n'est peut-être pas par ce côté que j'aurais abordé la question. Avant d'examiner un des dangers que fait naître la question, j'aurais montré d'abord comment elle était arrivée au point où Eous la trouvons en ce moment. Je crois que la Chambre, qui peut-être a votě, je ne dirai pas légèrement, - ce serait manquer d'égards pour mes collègues, - mais sans de- mander des explications suffisantes, le crédit qui il y a deux ans engageait la question et qui nous a menés au point où nous sommes au- jourd'hui, je crois que la Chambre doit désirer être complètement éclairée et qu'elle voudra demander au Gouvernement les déclarations qui n'ont pas été faites en 1881. Pour faire Tenir le Gouvernement à cette tribune, je vais expliquer très-nettement l'état de la question. Je vous demande la permission de le faire en très peu de mots.

Lorsqu'en juillet 1881 le Gouvernement est vanu nous demander le crédit de 2,300,000 fr., il n'a pas cru devoir nous dire si ce crédit avalt pour but d'exécuter le traité de 1874, purement et simplement, sans que jamais dans l'avenir on pas aller au delà, ou si, au contraire, ce n'était qu'un moyen de sortir momentanément d'une situation qui était de- venue très tendue et très difficile et d'atermoyer

en attendant les événements futurs.

Lorsque le Gouvernement nous a demandé ces 2 millions 300,000 fr. il nous a dit dans *on exposé des motifs: Il s'agit de mesures conservatoires, nous voulons appliquer le traité dans une certaine mesure. It lorsque, combattant cette demande de crédits, je ́di- tais: Mais vous allez sinon immédiatement, du moins dans un terme peu éloigné, à l'occupa tion définitive, c'est une expédition militaire au Tonkin. M. le rapporteur protestait, Ini qui dans son rapport avait déjà dit « qu'une expédition dans le Tonkin ne pourrait en effet que compromettre le succès de la politique us désirons faire prévaloir, et qui a

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DEBATS PARLÉMENTAIRES

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pour but l'établissement d'un protectorat réel | envizon, en un mos, un déploiement de forces sur l'Aunam, analogue au protectorat que qui, certainement, serait absolument inutile, nous exerçons sur le Cambodge, et qui par si nous n'y allions que pour détruire la pica- terie, et rétablir l'ordre sur les bords du fleuve là semb aut bien indiquer que jamais, en au- cane circonstance, nous ne prendrions pos❘ rouge. session du pays.

à

cette tribune, c'est-à-dire que je po m M. le rapporteur ajoutait à la tribune : « Je crois devoir ajouter que je ne seral pas serais pas chargé du rapport, si j'avais pu sup- poser un instant, ce qui n'est pas admissible, que le Gouvernement dissimalat une expédi tion derrière une demande de crédit supplé ment dont l'objet a été clairement déterminé. » Et M. le ministre de la marine dit après lai:

Nous sommes chargés de maintenir l'or- dre dans ce pays... Or, nous n'avons pas les forces suffisantes pour maintenir l'ordre, et ce Bont ces forces que nous vous demandons, Nous ne voulons pas, je le répète, faire de conquêtes, nous vocions avoir une situation honorable, et, en ce moment, elle n'est pas honorable; il se passe presque sons nos yeur des faits dont nous portons, jusqu'à un certain point la responsabilité.

Je ne fais pas un reproche au Gouverne- ment d'agir enfin énergiquement, estimant qu'il n'y avait pas lieu de faire ce que je de mandais c'est-à-dire dénoncer le traité de 1874. Je me plais à reconnaitre qu'il est temps de sortir d'une situation intolérable, mais au moins, en faisant appel à la force dites nettement ce que vous voulez faire, dites que vous allez prendre possession du Tonkin, et que vous y resterez.

Voilà ce qu'il faut dire, parce que c'est la vérité, la vérité indéniable, que les faits prouvent, alors que certaines paroles essais- raient encore de dissimuler la gravité de la si- tuation.

M. le ministre des affaires étran

géres. Comment?

M. Georges Perin. Monsieur le ministre des affaires étrangères, ne voyez dans ce mot ⚫ dissimuler aucune intention qui soit de nature à vous blesser. Je crois que, de très présentait devant la Chambre. On voulait, di importance l'entreprise militaire que vous

Voilà, messieurs, comment la question se

bonne foi, vous considérez comme de mince sait on, n'exécuter qu'en partie, dans la me

commencez, et que c'est mu par ce sentiment eure du possible, le traité de 1874. L'ambition

que vous voulez rassurer la Chambre. était modeste.

Il y a deux ans, la Chambre ne l'a peut- Es lorsque je répondais: Mais c'est impos-être pas oublié, lorsque j'indiquais ces deux sible, l'application de ce traité en tout ou en

alternatives, ou bien dénoncer le traité, partie, c'est une expédition, c'est la guerre

ce qui n'a pas été accepté ou bien le faire avec l'Annam, la prise de possession du pays »;

ratifier, je disais au Gouvernement: Si vous on me disait Noa! Mais aujourd'hui il ma

restez au Tonkin, prenez une résolution vì- semble que l'exposé des motifs est explicite et rile, faites le nécessairel Envoyez 3,000 hom- très net à cet égard; il déclare qu'il est temps de nous fixer d'une façon définitive au Ton kin, et il ajoute, rappelant ce qu'on avait e8- sayé de faire avec le crédit demandé il y a peu jusement ce qu'on vous demande aujour de temps:

mes, 10 canonnières et demandez un crédit de 10 millions.

Tout cela s'est absolument réalisé : c'est

d'hui.

La Chambre pourrait me demander mainte- nant pourquoi je suis à cette tribune; quel est mon but? S'il s'agissait de venir combattre le Gouvernement, ou si je n'avais d'autre b que de rappeler qu'à une certaine époque j'ai pu prévoir un peu l'avenir, je n'aurais pas demandé la parole.

11 ne s'agissait, toutefois, ni d'une con- quête du Tonkin, ni même d'une entreprise pouvant nous conduire à intervenir dans l'ad- ministration intérieure de ce pays. Da se pro- posait seulement d'envoyer sur le fleuve Rouge les forces navales nécessaires pour chasser los Pavilions noirs qui en occupent les rives, et d'assurer ainsi la liberté du commerce. Ce n'était donc pas, à proprement parler, une Combattre le Gouvernement! Je tiens à fe expédition militaire que nous entreprenions, déclarer nettement ici, j'estime que, dans ces puisque nos troupes ne devaient agir que con questions si graves, si périlleuses, où notre tre les pirates. Les événements ont démon-politique extérieure est engagée, j'estime qu'il tré qu'il y avait plus à faire. *

ext da devoir, non seulement de l'opposition de gauche, qui n'oublie pas qu'elle a en face d'elle un ministère avec qui elle peut être an- jourd'ui en désaccord, mais qui compte des hommes avec lesquels elle a lutte autrefois, en des temps difficiles, mais de l'oppositior de droite, qu'il est du devoir de la Chambre tout entière d'apporter une grande mesure dans ses critiques, de considérer que, qual quefois, certaines paroles apportées à la tri bune peuvent rendre plus difficile la direc tion à imprimer aux événements, et qu'alors, si par suite des difficultés qu'on lui a suscitées le Gouvernement n'arrivait pas au résulta qu'il veut atteindre, le mal retomberait not pas sur un parti, mais sur la nation entière (Très bien !) En un mot, dans les questions d politique extérieure, il ne peut pas, il ne doi pas y avoir d'opposition dans le sens qu'o donne habituellement à ce mot. (Applaudisse ments.)

Et un peu plus loin, le rapport dit encore qu'il faut nous établir solidement au Tonkin. Je sais bien que l'honorable rapporteur ne veut pas prononcer le mot expédition; je sais que M. le ministre des affaires étrangères -el ceci avait fait naître un doute sérieux dans mon esprit - disait au Sénat, répondant à M. de Saint-Vallier :

Il n'est pas permis non plus de songer a ane conquête da Tonkin, qui ne présenterait certes pas de grandes dificultés, mais serait absolument sterile. ■

Je suis de votre avis, ce serait une conquite stérile; c'est pourquoi je ne voudrais pas qu'on la fis; mais je crois que vous vous trompez en pensant que ce n'est pas la conquéto que nous allons faire, et je pense que depuis le jour où vous parliez ainsi, votre opinion a dû se modi- fer. En effet, je prie la Chambre de vouloir bien examiner de près la question, considérer ce qu'on nous demande de faire, ce qui, peut- être, est déjà fait en partie... (Marques d'ap- prebation à droite) et je lui demande si ce n'est pas, permettez-moi cette expression, monsieur le ministre, jouer un peu sur les mots que de dire qu'il n'y a pas expédition, qu'il n'y a pas prise de possession du pays, quand on demande d'y envoyer des forces au nombre de 3,000 hommes de troupes françaises, de 1,000 hom- mes de troupes indigènes, et une escadre qui ne compte pas moins de 26 navires, montés par un personnel de 2,400 ou 2,500 hommes

Dans ces questions néanmoins il doit avoir, de la part de tous les membres de l Chambre, une vigilance extrême, et je croi qu'il est du devoir de ceux qui pensent con naître une affaire pour l'avoir étudiée depui longtemps, et avec le désir sincère,soyez-e: sûr, monsieur le ministre, de l'envisage sous son jour vrai, il est, dis-je, de leu devoir de venir dire à leurs collègues c qu'ils pensent et pourquoi, malgré enx, leur corps défendant, ils ont le regret, so une question comme celle-là, de venir com

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